Accident- Episode II
BOUM.
Bonjour, je me présente, Pierre Richards. Enfin, en version féminine, et plus jeune. Voilà, j’ai donc eu mon deuxième accident en deux mois. A ce compte-là, si je reste encore 7 mois, ça me fait encore 7 accidents, ce qui représente, il faut le dire, un certain budget. Cette fois, j’ai la chance d’être assurée, et donc cela ne me coûtera que la « modique somme » de 1150 euros. Gloups. Sur le coup je résiste à l’annonce de cette nouvelle, mais je craque à retardement, au supermarché, quand je vois les german qui veulent acheter de la bouffe trop chère pour moi, alors que je me contenterai très bien de noodles toute seule. Mais s’ils bouffent des cookies devant moi, c’est un peu le supplice. Je suis donc en train de chialer dans le rayon sauces tomates d’un supermarché, en train d’expliquer en sanglotant qu’ils peuvent acheter ce qu’ils veulent pour eux, mais que moi désormais, je me nourirai désormais de noodles jusqu’à la faim, pardon, fin, de ma vie. Imaginez la scène, ridicule, et pitoyable.
Donc je suis absolument dégoûtée, car depuis que je suis partie de la ferme, je faisais super gaffe, et franchement, ce qui me faisait peur, c’était surtout Melbourne et ses bouchons, pas la Great Ocean Road. J’ai peut-être un peu relâché l’attention depuis que j’ai quitté le stress de Melbourne, mais je ne pense pas. D’ailleurs, une heure avant l’accident, les allemandes et le suisse me disaient encore que je conduisais bien et qu’ils se sentaient en sécurité dans ma voiture. Laisse-moi rire. Enfin, personne n’a rien eu, certes, il y a eu que des bosses. D’ailleurs franchement, pourquoi les gens ne restent pas avec leurs bosses ? Ca n’a jamais empêché personne de rouler, des bosses, si ? Bref.
Voilà, donc je me suis cassée le cul (enfin concrètement, surtout le dos et les genoux) à ramasser des petits pois pour que dal. J’étais contente d’avoir déposé à la banque 750 dollars, ils sont déjà partis en fumée. Donc je ne sais absolument pas comment je vais faire pour la suite. Je vais tenir jusqu’à Noel. Ensuite mes parents viennent. Puis il va falloir que je rentre à Sydney faire réenregistrer la voiture. Et alors là...je sais pas, avec de l’essence on met normalement 3 jours (sans s’arrêter). En poussant la voiture, je ne sais pas. Episode à suivre. De toutes façons je ne peux même pas vendre ma voiture une fois à Perth puique comme elle est immatriculée en NSW, personne n’en voudra. Donc je n’ai pas le choix, il faut que je retourne à Sydney. Par contre, quelques dures semaines de travail m’attendent après cela... (si j’en trouve...). Autrement, ce sera retour en France. Tout ça à cause d’un putain d’accident de merde. Et alors ce serait trop l’échec, certes, j’aurais vu la moitié de l’Australie, mais ce n’était pas la moitié qui m’attirait le plus. Moi l’Australie, c’était l’Outback, les aborigènes, etc. Si j’ai commencé par le sud, c’était juste pour la météo, et pour pouvoir être à Perth à Noel avec Claire.
Franchement, il y avait une pauvre voiture dans toute la ville, il a fallu que je me la prenne. J’étais garée en bataille sur le bord de la route. Je regarde à gauche, à droite, vaguement derrière, et je recule. Et Boum. Ca, c’est fait. Sur le moment, j’y crois pas. C’est pas possible, je dois être en train de cauchemarder. Je fais à mooooort gaffe depuis mon premier accident. J’ai jamais eu d’accident de ma vie en France, et à peine en Australie, j’en ai deux. Bon, en fait, à bien y réfléchir, une fois en allant au cheval un samedi matin, j’ai reculé dans la voiture de ma grand-mère. Ouais mais bon, d’habitude y’a personne garé derrière moi le samedi matin... C’est peut-être pas uniquement de la malchance donc. Peut-être que je suis vraiment une mauvaise conductrice, étourdie et tête en l’air et dangeureuse. Peut-être que je mérite tous ces accidents. Je sors de la voiture. Je constate les dégâts. Des grosses bosses dans la portière du mec. La mienne n’a trop rien (voilà j’ai quand même de la chance dans mon malheur, cette fois je ne perds pas ma voiture et peux continuer mon trip). Je prends les coordonnées du mec. Josh Hartnett. Hein ? Tu peux épeler. Joe Hartley. Ah. En fait non, je ne rêve pas, c’est bien la réalité. J’appelle l’assurance. Ils me font poirauter 10 minutes pour finalement me dire que pusiqu’on est dimanche, il faut que je rappelle demain. La prochaine fois, ce serait sympa de me le dire plus tôt, histoire que je ne bousille pas 10 dollars de crédit pour nada. Putain mais pourquoi ? POURQUOI MOI ? Moi, qui vis ma vie sans faire de mal à personne ni emmerder personne ? Pourquoi ça n’arrive pas plutôt aux petits cons, malhonnêtes, etc ? La preuve que le karma, ça n’existe vraiment pas.
On se trouve un parking où passer la nuit sur la plage. Les germanophones vont boire leur bière sur la plage, et moi je squatte ma tente, pleurant sur mon sort et réfléchissant au sens de ma vie. Dois-je prendre tous ces accidents comme des signes me disant d’arrêter là et de cesser d’essayer désespérement de m’accrocher à un vieux rêve de gamine ? Après tout, je pensé avoir compris l’annèe dernière déjà, avec la Beetle en Afrique du Sud, que tous les rêves n’étaient pas fait pour être réalisés. Ca fait déjà deux accidents. 1300 dollars la première voiture. 2000 dollars de réparations pour le mec. 200 dollars pour envoyer ma voiture à la casse. Et 200 dollars d’amende pour conduite dangeureuse (que je n’ai pas payée). 1500 dollars la deuxième voiture. 100 dollars de formalités administratives. Jusqu’où faut-il que j’aille ? Je suis déjà endettée jusqu’au cou. On dit jamais deux sans trois, donc faut-il que j’ai peur d’un troisième accident ? A partir de quel moment faut-il que je jette l’éponge et que je rentre en France ? Ma soeur au téléphone me dit 5 ou 6 accidents. Ouais euh...5 ou 6 accidents, à 1000 euros chacun, ça me fait une sacrée dette quand même. 10 ans de colos en rentrant pour rembourser. Je me vois bien dans 10 ans à une réunion Telligo, avec tous les petits animateurs fraîchement diplomés du BAFA : « Alors moi c’est Manon, 34 ans, je fais des colos depuis une bonne quizaine d’années, enfin depuis 10 ans, c’est pour rembourser les dettes que j’ai accumulées en ayant des accidents de voiture en Australie, c’était mon rêve, donc j’ai continué... ».
Dire que je voulais une voiture pour être libre. Ne dépendre de personne. Pouvoir aller où je voulais quand je voulais. Tu parles d’une liberté ! J’accumule les dettes, quand je commence à voir la lumière au fond du tunnel, paf, un nouvel accident. A croire que j’aime ça, les problèmes. Entre l’assurance, les accidents, les formalités administratives (devoir impérativement retourner à Sydney avant le 28 janvier)...finalement...suis-je vraiment libre ? Est-ce que c’est pas plutôt les squatteurs de voiture qui sont libres ? Finalement, ce sont eux les malins ! Ils ne se prennent pas la tête à chercher une voiture à acheter, à prendre une assurance, ils ne déboursent donc pas un centime, tout ce qu’ils ont à payer, c’est l’essence que l’on partage. Pas d’obligation de retourner à tel endroit à tel moment. Ils vont où ils veulent (selon la voiture qu’ils trouvent pour s’incruster). Bref, le bon plan. Surtout que je suis assez conciliante. Trop même je trouve. Ca commence d’ailleurs à me taper sur le système. Ce voyage, je l’avais imaginé seule, et d’avoir dû faire la concession de prendre des gens pour m’aider à payer l’essence, définitivement trop chère pour moi toute seule, ça commence à me gâcher un peu le plaisir. Peut-être aussi que j’ai poussé la radinerie un peu trop loin en prenant 3 personnes, et que j’aurais dû me limiter peut-être à 2 personnes. L’accident m’a un peu plombé le moral, et je deviens sensible à plein de petits trucs, des trucs cons, mais qui me tapent sur le système. Genre devoir vérifier toutes les portes et fenêtres de la voiture quand on en sort, parce que tout le monde oublie de les fermer, malgrè mes rappels. Pourtant y’a les affaires de tout le monde à l’intérieur, pas que les miennes, je ne sais pas si j’ai été traumatisée par le vol de mes affaires en Grèce et au Mozambique mais ça me paraît logique de fermer quand on sort de la voiture. Bref. Quoi d’autre ? Rettrouver mon chapeau complétement déglingué parce que les filles ont baissé le siège de la voiture dessus pour dormir. Ne pas pouvoir m’arrêter dans un endroit parce que ces petits sont fatigués ou ont faim. Des vrais gamins. Voyager seul est un luxe en Australie. Je pense qu’avec tous ces problèmes de voiture, mon prochain voyage (si j’arrive un jour à me repayer un billet d’avion), ce sera en stop ! C’est pas mal aussi. Bon, okay, là on dépend carrément des autres, mais ça peut être marrant aussi, si on y est préparé mentalement...
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, je me fais la réflexion que pour finir, les tours guidés, c’est peut-être pas plus mal. Okay, au départ tu dépenses plus. Mais tu n’as pas de dépenses surprises... Si le bus a un accident, bon, à moins que tu sois mort, mais sinon, tu te fous royalement des dégâts. Tu continueras à dormir dans un lit et à manger de bons petits plats au resto. Certes, je n’aurais rien à raconter sur mon blog. Mais vous auriez les mêmes photos, enfin presque. Il faut donc choisir. Le néant d’anecdotes à raconter mais la tranquilité d’esprit. Ou une montagne de choses à raconter, plus ou moins drôles, selon, mais un taaaaaaaaas de problèmes. J’avoue que là je ne sais plus. Mais non en fait, ma vision des choses est obscurcie par les événements. Bien sûr que je préfère ce mode de voyage. Y’a qu’à voir les supers endroits pommés où l’on dort parfois. Un campement, au bout d’une petite route toute cabossée, sur le bord d’un lac magnifique. Le campement envahi de koalas dans les arbres. Au milieu, ma tente. Petite soirée à jouer de la guitare avec les germans qui chantent avec moi. Aucun bus n’aurait pu nous emmener là...
Dire que depuis le début du voyage, je refuse de laisser quiconque conduire Jimmy pour être la seule responsable en cas d’accident. Autant pour ne pas avoir de problème avec l’assurance, que pour ne pas avoir envie de tuer cette personne sur place. Mais parfois je me dis que ce serait peut-être plus facile d’en vouloir à quelqu’un d’autre que d’en vouloir à moi-même. Au moins, j’aurais pu déverser toute la colère que je ressens sur cette personne, en la frappant dans les couilles ou en m’acharnant sur lui de coups de pieds. Malheureusement, je ne me sens pas trop l’âme d’un Dobby, et ne suis donc pas prête à prendre une lampe de chevet pour me frapper la tête. De toutes façons, y’a pas de lampe de chevet dans ma voiture. J’ai beau chercher avec quoi je pourrais me frapper pour me faire mal, je ne vois que... une bouteille d’eau ? Et encore, même remplie, je ne suis pas sûre que ça fasse si mal. Quoique, sinon y’a bien le couteau suisse, mais là on passe à un degrès de masochisme supérieur. Bref.
