Life in Stratford
Bon, il faut que je vous dise un truc : j’ai résolu le mystère des philippins. En fait, si ils vont si vite à remplir des seaux de petits pois (alors que quand on les regarde faire, ils n’ont pas l’air d’aller si vite que ça), c’est parce que... ils ont des bras invisibles. Vous voyez, ils sont un peu comme les dieux indiens à dizaine de bras, sauf que eux, leurs bras sont invisibles. Ca me rassure quand même de savoir ça parce que je me disais « merde, pourquoi tous les jours, ils font le double de moi ? ».
Serait-ce juste la motivation qui n’est pas la même ? Moi je bosse pour me payer de l’essence et des noodles, et eux, ils bossent pour envoyer de l’argent à leur famille dans leur pays. Enfin y’en a aussi quelques uns qui viennent « pour les vacances ». Laissez-moi rire. Pour les vacances. Ils n’auront vu de l’Australie que des petits pois. Enfin, les vacances ça va plutôt être à leur retour, parce qu’après avoir bossé trois mois ici, ils vont pouvoir acheter tout leur village et plus rien foutre de leur vie ! Achter un hôtel, quelques putes et vivre des touristes occidentaux. Bon je dis ça, y’a quand même un ou deux australiens qui bossent ici. Un vieux, qui comptent ramasser des petits pois jusqu’à sa mort. Et un jeune, le cliché de l’Australien de la campagne. Chapeau toujours fiché sur le crâne, tatoo, jean défoncé, bout de paille entre les lèvres (okay, là j’en rajoute...).
Sinon, en ramassant les petits pois, je me suis fais la réflexion suivante : heureusement que je n’aime pas les légumes, parce que sinon, je ne vois pas comment j’arriverais à en cueillir sans en manger. Imaginez un peu que je travaille dans un champ de cacao. Bon, okay, ça ne se mange peut-être pas comme ça. Tout ça pour dire que, avoir toute la journée devant soi des gâteaux Delacre sans pouvoir en bouffer, ça doit être une torture, alors que moi, devant mes petits-pois, y’a pas trop de risque. Heureusement d’ailleurs parce que comme je suis payée au pois, si en plus je bouffais ce que je ramassais...
L’avantage de vivre dans un endroit multiculturel, c’est que cela donne lieu à certaines scènes amusantes, parfois déjà vues... exemple : Episode du riz II
Après Kaba, le mécanicien africain qui recrache le riz que j’ai préparé dès la première bouchée en s’exclamant : « wrong rice !! », nous avons donc le Taiwanais et le Malaisien qui s’approchent de la gazinière en m’observant faire du riz, l’air mi-intrigué, mi-amusé...mi-choqué. « C’est la première fois que tu fais du riz ? », qu’ils me demandent. Euh...comment vous-dire...?
Le Malaisien prend mon reste de riz, et en fait un truc en mélangeant avec plein de trucs, sauces etc...et je dois bien avouer, que ça n’avait rien à voir avec la purée de riz fadasse que je venais de m’enfiler. A côté de ça, eux ils font de la viande sans viande. Ils ont voulu me faire manger un bout de gras. Avec que du gras. Pas de viande.
Le matin aussi, c’est assez drôle de voir ce que les différentes nationalités déjeunent. Les français sont avec leur tartine de nutella et leur chocolat chaud, les américains avec leurs céréales, etc...
Un midi, c’était l’anniversaire du Malaisien (enfin c’était toute la journée of course, mais...) et Bella, la chef, a apporté au champ le repas pour tout le monde : pour les asiast’ : du riz, et pour les occidentaux : un KFC. Bon, c’est dur de se remettre à la cueillette de petits pois après avoir bouffé un KFC, on a plus envie de faire la sieste...
Voilà, donc j’aurais quand même tenu 2 semaines ici, 12 jours à ramasser des petits pois du matin au soir... Le soir quand je me couche, je vois des petits pois. Quand je me douche, je vois des petits pois. Quand je mange, je vois des petits pois. Je suis sûre que ça peut rendre fou un homme de faire ça trop longtemps. A moi toute seule, en 12 jours, j’aurais ramassé environ 900 kg de petits pois...presque une tonne quand même ! Fou dingue, hein ?! Mais qui donc mange tous ces petits pois ?! Ah oui alors au fait, à moins que vous n’écossiez vous-mêmes vos petits pois, il y a peu de risques que ces derniers finissent dans votre assiette, car comme ils sont ramassés à la main, ils sont vendus tels-quels dans des marchés écolos. Je me disais bien qu’il devait quand même y avoir des machines pour ramasser ces trucs, j’ai jamais vu de cueillette de petits pois à la main en France... !
Bon, y’avait quand même une bonne ambiance ici, c’était sympa... petits barbecues, guitare (j’aurais peut-être dû faire payer, je me serais fait de la thune...) ... l’ambiance dans le dortoir des mecs était cool aussi, s’ils ne ronflaient pas tous comme des camionneurs, j’aurais peut-être tenu plus que deux nuits avec eux avant de finir toute seule dans ma tente comme une asociale (mais bon, le silence, quand on dort, c’est appréciable, plutôt qu’une symphonie de cinq mecs qui ne ronflent pas en même temps...), mais faut avancer, si je veux être à Perth pour passer Noel avec Claire puis Nouvel an avec Claire et... mes parents (!!) et avoir le temps de visiter sur la route entre ici et Perth...faut que je me remue le cul ! Départ demain donc, couchsurfing une ou deux nuits à Melbourne, le temps de visiter un peu ce que je n’ai pas eu le temps de voir la dernière fois (quand je bossais au car wash), puis ON THE ROAD AGAIIIIIIN !!!!!!! Avec un Suisse (allemand) et peut-être deux Allemands (à confirmer). C’est bien, moi qui pige pas un mot d’allemand. Pour l’instant, le seul truc que je sais dire, c’est « Ich Bein a Berliner » (la phrase de ... Churchill ? Je sais plus). Qui sait, peut-être que dans un mois je suis bilingue-allemand.