Mangez des petits pois !
Je voudrais d’abord commencer cet article en remerciant du fond du coeur tous les gens qui mangent des légumes. En effet, si tous les gens étaient comme moi...et ben je n’aurais pas de travail !
Je suis donc depuis quelques jours dans une ferme dans le Gippsland (à 3h à l’est de Melbourne, ce qui fait un sacré retour en arrière pour moi, mais on va là où il y a du boulot hein, on ne va pas commencer à faire les difficiles !). En effet, le gars du car wash nous faisait pas beaucoup bosser, 3 jours en plus d’une semaine, donc bon, y’a un moment où si on perd plus de fric à rester dans un endroit qu’autre chose, ça sert à rien de rester... Le gars nous faisaient venir le lundi, puis nous disait « oui peut-être jeudi, je ne sais pas encore, je vous appelerai... ». Bref, en 3 jours, j’aurais donc gagné 210 dollars...ce qui m’a permis de visiter Melbourne gratos disons.
On cherchait donc pendant nos day-off (on avait plus de day-off que de jours de boulot !) autre chose, et on a trouvé une ferme, enfin, qui ne nous a pas dit non direct !
Il faut savoir que sur toutes les annonces, ils veulent des gens expérimentés ou qui parlent je ne sais quelle langue. Genre faut parler chinois. Ou ils veulent des gens qui ont bossé dans un resto-bar depuis plus de 2 ans. Alors moi, ma seule expérience de serveuse, c’est quand j’ai bossé dans le resto de ma pote Américaine, j’ai passé 2h à faire le tour des tables pour proposer des glaçons aux gens, je ne sais pas si ça compte. Haha... !
Autant dire que bosser comme serveuse, j’ai un peu laissé tomber l’affaire... J’ai quand même halluciné, car d’habitude c’est moi qui appelle les gens pour le boulot, et on m’a toujours dit que c’était complet, hormis pour le car wash, et pour une fois que c’est Kévin qui appelle, hop, ça marche direct. Bref, la chance du débutant.
Sinon, j’avais eu une idée sympa au cas où on ne trouvait vraiment rien : comme sur notre parking, y’avait plein de gens qui passaient pour faire leur footing, je pensais à un stand buvette et à un stand zen-zen (mais oui, vous savez le truc pour masser la tête, qui ressemble à un fouet pour faire des gâteaux !). Je suis sûre que ça aurait pu marcher ! Bon, par contre, je ne suis pas sûre que ce soit très légal, mais bon, on n’est plus à une amende près. Oui, parce qu’en une semaine de squattage sur le parking, on s’est pris deux amendes de 70 dollars chacune. Que je ne pairai pas, je vous rassure.
On passe donc au centre commercial pour récupérer le fric de notre 3ème journée de boulot, et hop, 3h de route en arrière, pour retourner dans le Gippsland (près des lacs soit-disant fluorescents). J’avoue que retourner à la campagne n’est pas pour me déplaire, une semaine à Melbourne m’a largement suffi, et encore, on était pas en plein centre ville, mais à la plage ! Mais les kangourous commencaient à me manquer...
On arrive donc dans un petit village, en pleine cambrousse, dans une maison où vit les gens qui bossent dans la ferme. Des Philippins, des Thailandais, un Taiwanais, un Japonais, et ... des français !
On dit d’abord qu’on est pas sûr de prendre le logement (100 dollars la semaine quand même, quand on ne gagne que 300 dollars, ça fait déjà un tiers qui se barre, or, si je bosse, c’est pour économiser un max pour payer l’essence pour avancer !). Bref. Premier soir, on va squatter chez la boss (une philippaine foldingue) qui nous invite chez elle. On se retrouve donc à 40 bornes de là, dans sa ferme. J’ai le malheur de m’exclamer en m’asseyant sur le canap et en voyant un dvd de karaoké : « Ohhh ! I love karaoké ! ». Bref, je suis pas dans la maison depuis 5 minutes que je suis déjà en train de m’égoisiller sur Zombie des Cranberries avec attention un petit effet écho (93 points, mon score, mais il paraît que tout le monde fait toujours 93 points). Kévin demande à quelle heure on doit se lever. Bella (hhhheeee ! Comme dans Twilight !!!!) répond 7h. Ca me surprend un peu, car plus tôt elle a dit qu’en général, on se levait à 5h30, mais je creuse pas, pour une fois. Résultat, le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil dans un canapé (je vous assure que c’est mieux qu’un siège de voiture !), je vais à la voiture chercher des fringues crades de boulot, et là horreur, je découvre Mickael, « l’assistant français de Bella », et les autres pickeurs, prêts à partir. Oh my god. Je suis en pijama. J’ai rien avalé. Je suis PAS PRETE DU TOUT. Résultat, je pars trop à la walleugaine. J’oublie le soutif (au final, c’était pas plus mal, quand on a aussi peu de nich que moi j’ai envie de dire, c’est pas si incofortable... !), j’avale une tartine de nut’, et j’emmène un paquet de chips pour ce midi. Tous en voiture ! On s’arrête en route pour faire un mic-mac de ramassage de gens, de camions etc, résultat, je me retrouve à conduire le gros 4x4 de la boss qui transportaient 4 philippins. J’ai « oublié » de préciser que j’avais déjà eu un accident il y a peu de temps.... Bref. Rien à voir avec ma voiture, là, je prends les chemins de terre et d’herbes pleins de trous à travers les champs relax...c’est assez sympa à conduire en fait ! Bon, comme c’est un peu mouillé, j’ai plus l’impression de naviguer un bateau que de conduire en fait, car ça fait quelques zig-zig mais bon... !
Premier jour de boulot donc, pas violent, à 11h il se met à faire de l’orage et à dracher, grosse panique, on remballe tout sous la pluie et on se casse à l’entrepôt déposer les caisses de petits pois. Arrivés au hangar, on se rend compte qu’il manque une voiture à l’appel. Je fais demi-tour, ils sont embourbés. Donc on les sort de la gadoue et retour au hangar avant de retourner à la ferme de Bella...où avec Kévin et Michael, on passe l’aprem sur la terrasse au soleil à glander. Car oui, maintenant que l’orage est passé, il fait du soleil. Alors, ça, c’est le cliché australien de la vie à la campagne quoi. Une petite maison en bois au milieu d’un immense jardin d’herbes folles, et une terrasse sur laquelle glander au soleil.
Bon c’est quand même un peu rageant car moi je viens ici pour bosser un max avant de reprendre la route, là on bosse 3h et la journée est foutue à cause de la pluie : trop d’eau dans les champs.
On négocie avec Bella le prix de l’accomodation, parce que quand même 100 dollars pour la semaine, ça fait quand même 1/3 ou ¼ du salaire qui y passe, et comme moi je m’étais dit que j’achetais une voiture pour économiser le logement... Dormir dans la voiture ne me poserai pas de problème, le seul souci, c’est pour la douche, car après une journée à bosser dans les champs, on est plus noir que le gars de la boîte Banania. Bref. Du coup je paie 50 dollars la semaine, je dors dans la tente dans le jardin (sauf quand je squatte le dortoir des mecs parce qu’il fait trop froid), et je peux utiliser la douche, la cuisine etc. Bon, ça va.
Deuxième jour de boulot...rien à voir. Déjà, on se lève dix fois trop tôt. Ca change de la veille où on s’était levés trop tard. Bon, le troisième jour sera le bon... Levés à 5h du mat’... le mini-bus est parti avec une demi-heure de retard donc on était vert parce que ça fait une demi-heure de perdue à dormir...
Bref, 45 minutes de route jusqu’au champs. Et oui, moi je pensais qu’on allait habiter dans la ferme où se trouve le champs et qu’on allait se lever et hop aller bosser à pied. Que nenni. A la réflexion, dans les films, on voit toujours des cueilleurs tout crade assis sur la remorque arrière d’un pick-up, les cheveux au vent, en train de fumer, sur fond de coucher de soleil. Bon, on est dans un mini-bus, mais sinon, c’est à peu près ça...
On a donc bossé de 7h15 à 19h15. Rentrés à la « maison » à 21h15. Je n’en pouvais plus. J’ai été la dernière « blanche » à bosser, avec tous les asiat’. Les autres attendaient dans le bus. Je ne sentais plus mes jambes et mon dos, mais je ne voulais pas m’arrêter. Par fierté mais aussi parce que ça fait des semaines que je me plains de ne pas trouver de boulot, et que je stresse pour mes problèmes de fric, donc maintenant que j’en ai un...je m’y mets à fond. Et puis je me suis traînée et obligée à continuer un moment, et passé un certain stade, la douleur était derrière. Par contre, une fois assise dans le mini-bus, je ne pouvais plus bouger. Mon dos. Mes genoux. Oh my god. Cet élan masochiste et suicidaire n’a pas duré, je le précise. Je me suis dis que si je voulais tenir 2 ou 3 semaines, il fallait quand même faire un peu attention...et me préserver un peu. Du coup, les jours suivants, une fois mes 8 boxes terminés (1 boxe = 10 kg de petis pois = 10 dollars = 1 heure de travail si tu te bouges le cul), je m’arrêtais en général. J’ai poussé le record à 10 boxes une fois, mais pouuuuh ! Voilà, quelle ironie du sort. Quand j’étais petite, je me forçais à manger autant de petis pois que mon âge. Et des années plus tard, je suis payée au nombre de petits pois que je ramasse. Enfin au poids disons. Parce que si je ne devais ramasser que 23 petits pois par jour, je ne gagnerais pas beaucoup...
Il faut savoir qu’en une journée, les philippins peuvent faire 15 boxes facile, voir même plus. Comme quoi, y’a quand même une justice dans ce bas-monde. Ils sont payés des clopinettes et exploités par les entreprises étrangères dans leur pays, mais dès qu’ils viennent ici, ils gagnent le pactole, et c’est nous qui sommes payés des clopinettes. Faut avouer qu’ils sont quand même vachement rapides et donc rentables. Moi j’hallucine hein. Ce sont des robots. On a l’impression qu’ils ne ressentent pas la douleur. Moi je change de position toutes les 5 minutes : assise, à genoux, debout... : je commence à genoux, quand je suis encore d’attaque et en forme, car ça va plus vite. Quand j’ai trop mal aux genoux, je me mets debout. Quand j’ai trop mal au dos à force d’être penchée, je m’assois. Et quand je me rends compte que non, décidément, c’est trop lent comme ça, hop, je me remets à genoux. Mais eux, ils ne bougent pas. Des vraies statues. Y’a que leurs mains qui bougent, pour cueillir les petits pois. Et ils avancent, inlassablement. Et tant qu’on ne leur dit pas d’arrêter, ils continuent. Je vous jure, s’ils pouvaient cueillir de nuit avec une lampe frontale, ils le feraient, j’en suis sûre ! Et ils te font 4 paniers pendant que tu en fais 1. C’est bien simple, moi j’ai fini un panier, je suis trop contente, je me lève, et je vais le vider avec fierté au camion, c’est l’occasion de m’étirer, de marcher un peu, bref, c’est THE récompense quoi. Eux, ils se trimballent avec 4 paniers, parce qu’un panier, ça va trop vite à remplir, et donc faut pas perdre de temps à aller au camion les vider un par un. Du coup ils squattent tellement les paniers, que parfois t’as du mal à en avoir un. Et ils vont pas t’en lâcher un, hein, bah, non, comment ils feraient ? Idem, pour ne pas perdre de temps, ils mangent dans le champs. En 2 secondes, top chrono. Nous les backpackers, on se pose au camion ou dans l’herbe une demi-heure, petite sieste syndicale, bref, la pause quoi... Quand tu bosses 10h en plein soleil, bon, c’est le minimum...
Bon, c’est dur, mais c’est quand même un peu plus l’Australie que j’imaginais que le car wash... là au moins, je suis au grand air, à la campagne, même si au final, ça ressemble un peu à la France (des champs...), je bronze... bon par contre c’est bronzage travail hein. C’est-à-dire que je bronze au visage, au cou, et les bras (mais pas les mains parce que j’ai des gants, et un tee-shirt manches courtes donc j’aurais de belles marques au niveau des épaules...). Par contre, les philippins, eux, ils risquent pas de bronzer... : ils ont un parasol. Sous le parasol, ils ont un chapeau (à l’asiatique, le truc des rizières !). Sous le chapeau, ils ont une cagoule. Sous la cagoule, ils ont... non je rigole, c’est tout je crois ! Une peur panique du soleil quoi. C’est marrant parce qu’à côté de ça, les potes français de Michael sont arrivés, et eux, c’est travail torse nu pour bronzer. Donc c’est assez drôle de voir que d’un côté, on a les occidentaux qui veulent bronzer, et de l’autre les orientaux qui voudraient bien blanchir un peu s’ils le pouvaient... C’est aussi assez sympa de voir réunis dans un même champ plein d’asiat’ et la cité du 93. On a donc les asiat’ avec leur chapeau en pyramide, et leur musique orientale douche (genre chinoise), leurs échanges en thailandais et philippins et autres langues orientales et les meufs qui transportent leurs bidons de petits pois par deux accrochés de chaque côté d’un bâton sur le dos, bref je me sens en Asie. Puis je me retourne, et je vois les mecs torse-nu avec leur casquette américaine et leur rap et je me dis whouah, quelle multiculturalité dans ce champs !
Moi je ne suis pas folle hein, après avoir crâmé le premier jour, c’est crème solaire à foison et chèche en mode touareg. En plus de l’Asie et du 93, j’ai donc rajouté le Sahara.
Que vous dire de plus sur la vie dans un champ de petits pois ? En fait c’est assez sympa qu’il y ait quelques français, comme ça, même si je me tape leur musique de merde, cela m’occupe un peu d’écouter les conneries qu’ils peuvent débiter, et leurs tergiversations existancielles et amoureuses.
Donc concrètement, comment on fait, vous allez me dire pour ramasser des petits pois ? Eh bien c’est très simple. Déjà vous l’aurez compris, on se lève aux aurores. Ensuite, on arrive la tête dans le cul dans le champ, parce que pendant le trajet, on a eu le temps de somnoler. Ensuite on enfile un pantalon imperméable au dessus de son jean. J’en avais pas le premier jour, et vous pouvez imaginer à quel point c’est agréable de se retrouver à 7h du mat le cul trempé dans un champ. Sans compter les fois où on s’assoit sur des orties. Bref, avec le truc imperméable, ça passe un peu mieux. T’es mouillé quand même, mais moins. Disons que c’est comme le sketche de Dany Boon sur le k-way. T’es mouillé chaud, ce qui est tout de même plus sympa que d’être mouillé froid. Et tu te ne te piques le cul sur les orties plus qu’une seule fois sur deux. Donc sinon, c’est un peu relou, il ne faut pas ramasser tous les petits pois, mais seulement ceux qui sont prêts. Alors pour quelqu’un qui sait déjà à peine différencier un kiwi d’un avocat et un pamplemousse d’un melon, vous comprendrez que savoir si un petit pois est mûr ou pas, au début...
Bref, donc en fait, c’est très simple. Explication par l’un de nos compatriotes du 93 : « au fond, les petits pois, c’est comme nous, ce qui est important, c’est pas la taille, c’est que ce soit dur ». Certes.
Voilà donc sinon, outre la cueillette, on a eu une journée ramassage de mauvaises herbes. Payé 17 dollars de l’heure, donc génial, je me suis fais plus de 100 dollars la journée. C’est mieux que les petits pois où t’es payé à la rentabilité et où pour faire 100 dollars, je dois faire 10 boxes, et c’est vraiment chaud. C’est chouette aussi car ça a permit de se péter une autre partie du corps, qui ne souffrait pas encore réellement. Puisque cette fois, c’était position bébé : à quatre pattes dans le champ, on avance et on arrache les mauvaises herbes. Du coup, c’est les poignets qui ont pris cher. Et les poumons, car on a bouffé de la poussière. On est ressortis du champs, on aurait dit Germinal. On était tous pleins de poussière sur la gueule, c’était assez drôle.