Sans voiture, deuxième et dernier épisode
Voilà donc c’est officiel, j’ai plus de voiture.
Sans vouloir faire ma victime, vous admettrez que j’ai quand même un peu la poisse.
Je vous explique donc le comment du pourquoi.
En Australie, tous les ans, il faut réenregistrer la voiture, dans l’état d’où vient la voiture. Pour cela, il faut passer le contrôle technique et payer le réenregistrement (rego). Ma voiture venant du New South Wales, Etat de Sydney, et le rego expirant le 28 janvier, il fallait que je retourne à Sydney avant cette date limite.
Cependant, avec mes parents, on s’est rendus compte que ma voiture faisait quand même quelques bruits bizarres. J’ai donc finalement opté pour une autre solution, afin d’éviter de refaire je ne sais combien de bornes jusqu’à Sydney, tout ça pour des papiers administratifs : faire immatriculer ma voiture dans l’Etat de Perth.
Aujourd’hui, je vais donc au bureau des transports demander comment faire. On m’envoie passer le contrôle technique dans un garage à Tatouine-les-bains. J’emprunte le GPS d’un gars de la maison, et me voilà partie. Je paie d’abord les 96, 30 dollars d’inspection du véhicule. Puis un gars vient faire le tour de ma voiture. J’observe l’inspection de ma chaise, à 10m de là, la boule au ventre, comme avant quand j’avais un contrôle à l’école. Pfff, je me rends compte maintenant de la débilité de stresser pour une pauvre petite interro de merde. Franchement, je risquais quoi ? Me prendre un zéro ? Bref, le résultat n’a pas tardé à tomber. Et c’est pire que de récolter un zéro. Le gars m’appelle, bouge la roue devant moi et me dit : « ça vous paraît normal, ça ? ». Non. En même temps, est-ce que tu peux me citer une chose normale dans ce monde ? Hein ? Pourquoi y’a des gens qui meurent tous les jours de faim (moi peut-être bientôt) ? Pourquoi y’a toujours des guerres aux mêmes endroits ? Pourquoi c’est toujours les mêmes pays qui se prennent des tornades sur la gueule ? Pourquoi j’ai TOUJOURS des problèmes de voiture, que ce soit en Afrique du Sud ou en Australie ? Pourquoi j’ai pas de mec alors que je suis une fille géniale ? Hein, vous trouvez ça normal ? Le monde est rempliiiiiiiii de choses pas normales. Donc oui, ma roue bouge un peu, et alors, ma voiture roule quand même, non ?
Bref. Le gars me tend la liste des choses qui ne vont pas, et à réparer impérativement, si je veux réenregistrer ma voiture. Une vingtaine de truc. Ca va me coûter combien cette histoire, je demande. Plus que la valeur de votre voiture. D’accord. Merci monsieur. Dites, vous n’auriez pas une corde, que j’aille me pendre à la poutre là-bas ? Non, faut pas plaisanter avec ces choses-là, je sais. Mais bon, c’est ça ou je pleure. Bon d’accord, j’avoue, j’ai pleuré. Mais quand même, je viens de perdre ma deuxième voiture en quatre mois ! Y’aura pas de troisième voiture. J’en ai marre de me battre et de perdre mon énergie et des minutes de vie à stresser pour un machin à quatre roues qui n’est après tout qu’un moyen de transport (même si moi, je considérais Jimmy comme ma maison, mon compagnon de voyage, etc...).
Le gars m’invite à aller voir au garage en face combien me coûterait les réparations, et me prie de ne pas conduire la voiture, ne serait-ce que pour rentrer chez moi (à une vingtaine de kilomètres). En effet, selon lui, à tout moment, la roue avant gauche risque de se barrer, et je risque de me tuer ou de tuer quelqu’un. Papa, Maman, je suis désolée d’avoir risqué votre vie pendant trois semaines, je n’avais aucune idée du danger ambulant que représentait ma voiture.
Je vais donc au garage d’en face. Je montre la liste au gars. Il m’écrit à côté de chaque truc qui ne va pas le montant approximatif du coût des réparations. Très vite, le total dépasse en effet le prix auquel j’ai acheté la voiture (1500 dollars). Il me tend une boîte de mouchoirs. Merci, ça va m’être utile, je pense. Je lui demande donc ce que je dois faire. Rendre les plaques d’immatriculation au bureau d’en face. Appeler un gars de la casse pour essayer de récupérer un peu de fric sur les pièces. Je vais donc rendre les plaques. On ne me laisse même pas en garder une en souvenir. J’envoie un message à Nathalie et à Matt (notre hôte) pour avoir le numéro de téléphone d’un mec de la maison qui a une voiture, et qui pourrait donc éventuellement venir me récupérer. C’est bon, j’ai un taxi personnel, merci Pago ! Puis j’appelle la casse. Ils ne peuvent pas venir avant jeudi, et me demande donc de venir rapporter la voiture moi-même. Ben oui, comme ça je me prends en plus une amende par les flics parce que je roule sans plaque, pourquoi pas, après tout, je ne suis plus à 200 dollars près, hein ! J’explique la situation, et ils me disent finalement qu’ils vont venir. Et ben voilà, comme quoi ils avaient le temps ! Pendant ce temps-là, je sors toutes les affaires de ma voiture. Je pensais pas le faire si tôt ce grand nettoyage... Je sors donc mon backpack, et y fourre tout ce qui traîne dans la voiture, serviette de toilettes, fringues qui sèchent, bouquins, etc etc, ainsi que tout le bazar du coffre : jerrican d’essence, bidon d’eau, camping-gaz, casseroles, poèle et tout l’attirail de camping et de cuisine. C’est trop la classe d’attendre sur le bord de la route avec tout ça. Brocante, pas cher, tout à 1 dollar ! Finalement le gars de la casse arrive. Ah, je viens souvent à cet endroit, qu’il me dit ! Tu m’étonnes, tous les gens qui ne passent pas le contrôle technique doivent l’appeler en pleurant. A tous les coups, il fait collection de nos photos la gueule toute bouffie. Je fais ce que je peux pour rester noble. Je suis une fille forte du 21ème siècle, je survivrai à ce nouveau coup du sort. Il passe une chaîne autour de Jimmy et bientôt, la voilà en l’air, montant tout doucement et gracieusement sur le camion, après que la chaîne ait pété une vitre. Puis Pago arrive, et on suit le camion pour récupérer un peu de fric de la casse. 60 dollars. Bon, ben, ça me fera de quoi manger pendant 2 semaines. Un mois si je ne bouffe que des noodles. Mais j’en ai ras-le-cul de ces putains de noodles. Je récupère aussi le pneu neuf de secours dans le coffre, que mes parents m’ont payé. Je ne sais pas encore ce que je vais en faire, mais il est neuf bordel de merde, y’a bien moyen d’en faire quelque chose, non ? Récupérer le cuir pour en faire un steak. Ah bon, un pneu c’est pas du cuir ? Ah du caoutchouc. Et ça se mange ? Non ? Ca se fume, alors, non ? Vu les loulous que j’ai à la maison, y’a peut-être une voie à explorer. Dealeuse de caoutchouc, c’est pas mal comme boulot, non, si je trouve rien ?
Puis on rentre à la maison. J’essaie de caser mes affaires un peu partout. Jusqu’à présent je laissais tout dans ma voiture. Le pneu devant la maison, les bidons et jerricans derrière, mon backpack, mon ordi et ma guitare à l’intérieur. Et voilà. Tous mes plans bousculés. Je sais, il ne faut JAMAIS faire de plans. Je voulais aller bosser dans un ranch ou une station service dans l’outback. Sans voiture, ça va être compliqué. Mes recherches de job vont donc se concentrer sur Perth. Puis, si je trouve un job et remonte mes finances, je passerai de l’autre côté du truc sur Gumtree : je ne passerai plus d’annonces pour trouver des gens qui viendraient dans ma voiture, mais je chercherai une voiture dans laquelle m’incruster. Bon, au final, ça revient au même, sauf que ce sera plus moi le chef. J’aime bien être le chef. Mais bon, plus d’assurance, plus de franchise à payer en cas d’accident, plus de pneu ou de pièces à changer tout le temps. Mais j’ai plus de toit. Dormir au milieu de nulle part, plus possible. Va falloir payer un backpacker, ou trouver un couchsurfing tout le temps. Bref, j’ai plus de voiture, et va bien falloir m’y faire.