Troisieme semaine a Mullewa : crise de nerfs
Voila, il m'aura donc fallu trois semaines avant de peter un cable. Hier, j'ai passe toute la soiree a pleurer en faisant la vaisselle. Cyril, le cuisto, apportait lui-meme les plats, pour pas que tous les clients me voient le visage bouffi. Sympa quand meme. Pourquoi ? Pour une raison ridicule, qui ne vaut pas que je me mette dans tous mes etats de cette facon. Il se trouve que depuis quelques jours, je me torture a savoir si je dois rester un mois de plus ou non ici. Je sais, il y a des questions plus graves dans la vie que de decider de passer un mois de plus ou non en Australie. Concretement, c'est pas un choix qui va bouleverser ma vie. Ca va juste determiner la maniere dont je vais passer mes 4 mois en France avant de repartir pour une nouvelle aventure. Est-ce que j'ai envie de bosser comme une conne de septembre a decembre pour ramasser 800 euros par mois et tout redonner a mes parents ? Certes, j'aurais (peut-etre, car vu le marche de l'emploi en France, rien ne dit que je trouverai quelque chose...) rembourse mes parents, mais j'aurais toujours pas un rond en poche, et devrais vivre comme une pauvre, recluse chez moi. Bon, j'ai l'habitude, c'est ce que je faisais avant l'Australie pour economiser, mais pour une fois, j'aimerais bien vivre un peu normalement, pouvoir aller a un concert si j'en ai envie, plutot que me dire « ah bah non, je dois economiser pour l'australie » (ou maintenant « ah bah non, je dois economiser pour rembourser mes dettes d'australie »). Alors que si je rentre comme prevu en juin, je bosse tout juillet-aout chez ESL, et mes dettes sont remboursees, on n'en parle plus et basta, c'est de l'histoire ancienne. Plutot que de trainer ces foutues dettes et de maudire ce fameux jour ou j'ai eu ce premier accident (puis ce deuxieme). Mais quand meme, deux mois et demi (puisque je compte bosser jusque fin mars, et donc prendre l'avion mi-juin) pour terminer ma boucle d'australie, ca fait quand meme pas beaucoup, quand on regarde la carte, je suis a peine a la moitie. Alors oui, c'est possible, il va juste me falloir faire des choix, c'est ca la vie, non, faire des choix. De toutes facons, dans tous les cas, il est impossible de tout voir et de tout faire, l'Australie est bien trop vaste. Mais en 2 mois et demi, il va falloir me contenter des gros points. Est-ce cela dont j'ai envie ? Je ne sais plus, je ne sais pas. Stresser de peur de ne pas arriver a finir ma boucle. Je me dis que 2 mois et demi, c'est deja pas mal. Sans travailler, juste voyager, c'est possible. Certains font le tour de l'Australie en deux semaines, en deux mois et demi, il doit quand meme y avoir moyen ! Et j'ai deja bien de la chance d'avoir trouve ce boulot, sans quoi je me serais retrouvee a La Motte apres seulement une demi-boucle. Quand je vois comment j'ai galere pour l'avoir ce job, et tous les gens qui ont du repartir en France faute de job (le dernier en date, un gars du couchsurfing de Perth). Du coup, je parle de mon dilemme a tous les gens qui viennent au bar, en esperant que l'un d'entre eux me dise quelque chose qui fera naitre en moi la certidude d'aller dans telle ou telle direction. Mais bien sur, c'est une decision que je suis la seule a pouvoir prendre. Parfois, je me dis que je prefererais qu'on decide pour moi. Que mes parents me disent que non, je dois les rembourser tout de suite, en septembre, et pas compter sur l'eventualite d'un job entre septembre et decembre. Ca m'eviterait de devenir completement cinglee (non, je ne l'etais pas deja, merci), et de tourner dans ma tete des lettres de motivation pour d'eventuels embaucheurs. Ikea, par exemple. « Cher Monsieur Ikea, Je me permets de vous ecrire afin de vous demander de m'offrir un job. Il y a un an de cela, j'ai eu un accident de voiture a Sydney en Australie, qui m'a coute ma voiture, et 2000 euros de reparations pour la voiture que j'ai percutee. Pourquoi je vous raconte cela ? Parce que le dit accident est survenu alors que je me rendais chez Ikea pour equiper ma voiture pour partir en road trip. Je me suis juree ce jour la de ne plus jamais mettre un foutu pied dans l'un de vos magasins. Mais si vous pouviez m'offrir un job, et me permettre ainsi de rembourser les dettes qu'ont cause cet accident, cela me permettrait de repartir sur de bonnes bases avec votre enseigne, et que notre histoire commune puisse continuer. Sachez qu'en cas de reponse negative de votre part, vous perdrez de nombreux clients (moi, mes amis et ma famille). Bien cordialement, Manon ».Bref, j'arrete ici avec mes tergiversations.
Cette semaine, anecdote piscinienne.Pourquoi, pourquoi je ne nage jamais droit a la piscine (sur le dos) ? Je passe mon temps a me prendre des murs dans la tete. Je ne sais pas moi, on ne pourrait pas inventer une sorte de GPS qui dise : attention, dans 2m, mur dans ta gueule. Ou alors faut que je me trouve une chauve-souris a me greffer sur l'epaule, qui me tapoterait sur l'epaule quand on approcherait du mur.
On revient au sujet boulot.
Vendredi soir, deux habitues sont au bar en train de chercher a deviner mon age. 29 ans. Non mais c'est quoi le delire la ? Le soleil m'a fait vieillir a ce point ?! Je fais semblant de faire la gueule et de refuser de les servir, pretexant qu'ils avaient deja trop bu. Puis je prends mon verre, et bois en les regardant et en faisant « mmmmhhh ». Voyant leur tete mi-amusee, mi-outree, j'explose de rire et manque de m'etouffer.
Un peu plus tard dans la soiree, les aborigenes foutent le bordel, hurlent comme pas possible, passent commande sur commande et petent des plombs pour rien. Moi, j'aurais arrete de leur servir a boire, vu l'etat avance dans lequel ils etaient deja, mais mon boss ne voyait pas le probleme. A un moment donne, il a quand meme du pousser une gueulante pour les faire baisser d'un ton. Puis il m'a prise a part en voyant que je vivais mal la situation, et m'a dit que tous les aborigenes n'etaient pas comme ca, blablabla. Moi qui revais de les rencontrer, je suis juste degoutee. J'ai quand meme tente de les approcher differemment, en allant a la gallerie d'art aborigene, ou se trouve egalement un atelier de creation. Apres avoir discute avec la gerante, j'ai appris que les artistes venaient le lundi et mardi matin pour peindre. Le lundi suivant, me voilà donc au taquet a la gallerie, pour tenter de discuter et d'observer les artistes. Personne. Enfin si, la meuf qui tient la gallerie. Aucun aborigene. Pour l'instant, les seuls aborigenes que j'ai rencontres sont donc des alcooliques.
Un jour, au bar.
Un gars : Alors, tu viens d'ou ?
Moi : De France.
Gars ; Ah, et tu manges des grenouilles ?
Moi : Non.
Gars : Et des bebes grenouilles (tetards), tu en manges ?
Moi : Non, mais ca, personne n'en mange.
Gars ; Si, beaucoup de femmes en mangent.
OMG. Et les voilà en train de pouffer de rire. Ils pensaient que je ne comprendrais pas.
Hier soir, au bar.
Ronnie : On va danser ?
Moi : J'aime pas danser.
Ross (serieux, c'est son vrai nom) : Quand tu vas en boite, tu danses pas ?
Moi : Je ne vais pas en boite.
Ross : Tu vas dans les bars alors ?
Moi : Non plus, j'aime pas les bars.
Ross ; T'aimes pas les bars et tu bosses dans un bar ????
C'est ca, tu as tout compris.
Parfois, quand je sers biere sur biere a des gens, je me surprends a avoir pitie d'eux, et a penser : les pauvres, ils n'ont que ca dans leur vie, l'alcool. Je devrais pourtant comprendre. Moi aussi quand je mange un kinder, j'en prends un deuxieme, puis un troisieme, puis ohhh la boite est vide ! Donc j'imagine que quand on aime l'alcool, ca doit etre pareil, on ne peut plus s'arreter une fois qu'on a commence.
Non mais j'hallucine. Nous sommes jeudi 14 fevrier, midi. Une alarme sonne sur mon telephone. Sujet : Saint-Valentin. Message : Aller dans options pour envoyer une carte a l'elu de votre cœur. Non mais ca ne va pas la tete ? C'est quoi cette persecution mondiale de la St Valentin. Putain je suis dans le trou du cul du monde et on vient encore me faire chier avec cette connerie de st valetin !!!! Hier, je porte un debardeur rouge (avec des bouloches de serviette bleue, due a ma derniere machine a laver). Cyril le cuisto me sort : dans mon pays, quand on porte du rouge en fevrier, c'est qu'on cherche un valentin.
Il y a quelques soirs, apres le boulot, j'ai pris un verre sur la terrasse avec ce dernier, et un client de l'hotel. On a joue de la guitare, transforme hotel california en hotel Mullewa (such a loNEly place). Puis ils me sortent : Une fille n'est pas faite pour etre toute seule. C'est pas la vraie vie. Si tu te sens seule le soir, tu peux venir frapper aux chambres X et Y (noms de chambres que mon esprit a aussitôt evacues). Genial, j'ai donc le choix entre un philippin marie de 40 ans, et un ?? de 39 ans mais qui en paraît 50. Comment dire... ? C'est tout de meme pas complique. Ce serait beaucoup demander un mec mignon (je demande pas non plus Robert Pattinson- qui soit dit en passant, se trouve actuellement a Adelaide et aux Flinders Range, et ce, sans Kristen), sympa, drole, avec du charme, l'esprit aventurier, un minimum sportif (pas forcement muscle, mais qui ne me laisse pas toute seule pour aller faire du canyoning ou de l'accrobranche), un peu artiste et intello sur les bords (mais pas trop, sinon c'est saoulant). Hein ? Comment ca, on ne peut pas tout avoir ? Et pourquoi pas ? Moi, je suis un peu tout ca, non ? Non ? Ah bon, d'accord. Le proverbe dit « prends un mec different pour chacune des qualites que tu recherches ».
Hier, un gars au bar commande un carton de Carlton Dry. Je reviens avec ledit carton, et il me sort, ah non, tout compte fait, je vais prendre un block. Je vous explique : carton = bouteilles, block = cannettes. Et la, il me sort : mais c'est pas grave, comme ca, tu te fais les muscles du bras. Je vais te foutre une tarte dans la gueule, tu vas les sentir de pres, les muscles de mes bras, connard va. C'est le 40eme carton que je porte de la journee. Ma sœur, future ergotherapeuthe de choc, me dirait : c'est que la charge est mal repartie, c'est pour ca que tu as mal. Petite sœur, prends l'avion, et viens me montrer la bonne maniere de porter un carton de biere... !
Voila, et pour terminer, je tiens a remercier mes parents, qui m'ont envoye, en plus des livres et gateaux « commandes », une wassingue. Ma mere ne loupe pas une allusion de mon blog. J'avais en effet peste contre les outils que l'on m'attribuait pour faire le menage. Je sors le truc du colis devant ma collegue, et lui demande, « est-ce que tu sais ce que c'est ? ». Une serviette ? Non. Un tapis ? Non. Une couverture ? Encore moins. Et moi de lui expliquer le menage a la francaise (a la nordiste plutot).